jeudi 19 février 2009

Retirer les Mezouzot lors d’un déménagement

Retirer les Mezouzot lors d’un déménagement

Question

Est-il exact qu’il y a un danger pour celui qui retire les Mezouzot de sa maison lorsqu’il déménage pour aller habiter ailleurs et que le nouvel occupant est juif, et si c’est effectivement exact, que doit-il faire s’il a investi une importante somme d’argent dans ses Mezouzot qui sont de qualité supérieure ?

Décision de la Hala’ha

Le terrible danger occasionné par le fait de retirer les Mezouzot de la maison lorsqu’on déménage et que le nouvel occupant est un juif, est tout à fait fondé selon le Talmud et les Poskim.

Il est donc strictement interdit de retirer les Mezouzot lorsqu’on déménage et que l’on sait que le nouvel occupant de la maison est un juif.

Cependant, si l’ancien occupant avait placé des Mezouzot de qualités supérieures, qui lui ont coûtées assez cher, et qu’il lui sera difficile de se procurer des Mezouzot d’aussi bonne qualité, on peut autoriser l’ancien occupant à prendre ses Mezouzot et à les remplacer par d’autres qui sont Kesherot mais de moins bonne qualité.

Les Poskim proposent une astuce grâce à laquelle on peut retirer des Mezouzot de qualités supérieures selon tous les avis Hala’hiques.

Cette astuce consiste à ce que l’ancien occupant donne ses Mezouzot à vérifier, et place immédiatement dans la maison qu’il quitte d’autres Mezouzot Kesherot mais de qualité moins bonne. Puis, lorsqu’il récupèrera ses Mezouzot de la vérification, il pourra les prendre et les placer dans sa nouvelle maison. Il est bon de le faire quelques jours avant de quitter la maison.

On peut réclamer au nouvel occupant le prix des Mezouzot qu’on lui laisse.

Nous profitons de l’occasion pour rappeler qu’il est strictement interdit d’acheter une Mezouza de quelqu’un s’il n’inspire pas la crainte du Ciel, et s’il ne se fournit pas lui-même uniquement auprès de Sofrim qui craignent Hashem et qui sont méticuleux dans leurs actes. De très nombreuses Mezouzot sont vendues alors qu’elles ne sont absolument pas Kesherot. Chacun doit faire très attention à cela. Si l’on ne connaît pas la provenance exacte des Mezouzot que l’on possède, on doit se rendre chez un vérificateur de Mezouzot et consulter une autorité Hala’hique (compétente !!!) pour savoir ce qu’il faut faire.

Sources et développement

Il est rapporté dans la Guemara Bava Metsi’a (102a) :

Nos maîtres enseignent : Lorsqu’on loue une maison à quelqu’un, l’obligation de poser les Mezouzot incombe le locataire, et lorsqu’il quittera la maison pour aller habiter ailleurs, il ne devra pas les prendre avec lui, mais devra laisser les Mezouzot fixées dans la maison qu’il quitte. On raconte qu’un homme prit les Mezouzot de la maison qu’il quittait pour aller habiter ailleurs, et quelques temps plus tard il enterra sa femme et ses deux fils.

Ce qui signifie que même lorsqu’on déménage, il est interdit de retirer les Mezouzot de la maison que l’on quitte, et si on le fait, on s’expose au terrible danger – ‘Hass Veshalom (qu’Hashem nous en préserve) – de voir disparaître sa femme et ses enfants.

Les Tossafot – sur Shabbat 22a - font remarquer que selon Shmouel dans la Guemara, il serai permis de retirer les Mezouzot pour les placer dans une nouvelle maison, puisque l’on autorise similairement de retirer des Tsitsiyot d’un Talit pour les placer sur un autre Talit, étant donné qu’ils sont retirés pour les nécessités d’une Mistav, ce geste n’a donc rien d’humiliant vis-à-vis de la Mitsva. Il faudrait donc expliquer que l’homme qui fut punit par le décès tragique de sa femme et de ses enfants - comme le rapporte la Guemara de Bava Metsi’a 102a (citée plus haut) - n’avait peut être pas l’intention de replacer les Mezouzot dans sa future maison.

Ou bien faut-il faire une différence entre le Talit et la Mezouza puisqu’elle a la propriété de protéger des Mazikin (créatures spirituelles maléfiques), et l’homme fut punit puisqu’en faisant ce geste, il exposa les futurs occupants à un danger certain.

Selon cela, l’interdiction de retirer les Mezouzot d’une maison que l’on quitte, dépendrait des 2 réponses données par les Tossafot.

· Selon la 1ère réponse, il n’y a pas de raison de faire une différence entre le Tsitsit et la Mezouza, et puisqu’il est permis de retirer des Tsitsiyot d’un Talit pour les replacer sur un autre Talit, il serai aussi permis de retirer une Mezouza d’une maison pour la replacer dans une autre maison.

· Selon la 2ème réponse, même si effectivement le cas de la Mezouza est similaire à celui du Tsitsit, la Mezouza reste une exception du fait de sa propriété protectrice.

L’avis des Poskim est partagé sur la question :

Rav A’haï GAON dans sa Shéiltoute (chap.126) tranche selon la 1ère réponse des Tossafot, qu’il n’y a aucune différence entre le Tsitsit et la Mezouza, et dans les 2 cas, on peut les retirer pour les replacer ailleurs. Tel est également l’avis de Rav Haï GAON, du RYTBA, du Sefer Ha-Eshkol, du Or’hot ‘Haïm, et d’autres…

Mais d’autres Poskim tranchent selon la 2ème réponse des Tossafot, qu’il faut faire une différence entre le Talit et la Mezouza puisqu’elle a la propriété de protéger des Mazikin (créatures spirituelles maléfiques).

Parmis ces Poskim :

L’auteur des « Piské Tossafot » (sur Shabbat 93) (selon certains il s’agit du ROSH, et selon d’autres il s’agit de son fils le TOUR) ; l’auteur du AGOUDA (chap.34) ; les Tossafot eux même sur Mena’hot 41b et Bava Metsi’a 101b ; et d’autres…

MARAN ne cite dans le Beit Yossef (Y.D 291) que la 2ème réponse des Tossafot selon laquelle il faut faire une différence entre le Talit et la Mezouza puisqu’elle a la propriété de protéger des Mazikin (créatures spirituelles maléfiques), sans faire mention de l’avis des autres Poskm selon lesquels le cas du Tsitsit et celui de la Mezouza sont identiques.

Le RAMA également – dans son livre Darké Moshé – cite l’opinion du Hagahot Morde’hi (sur « Bamé Madlikin ») qui tranche qu’il ne faut pas retirer une Mezouza d’une maison pour la replacer dans une autre maison.

C’est également ainsi que tranche le MAHARYKSH (Rabbi Ya’akov KASHTERO) dans ses notes.

Le Nimouké Yossef (Rabbenou Yossef H’ABIBA, parmi les derniers décisionnaires de l’époque médiévale en Espagne) (sur Bava Metsi’a 102) explique au nom du RYTBA que les Mezouzot font résider la Kedousha (sainteté) de la She’hina (Présence Divine) sur la maison, et le fait de retirer les Mezouzot provoque le retrait de la She’hina. C’est pourquoi il est interdit de les retirer.

Le RYTBA lui-même dans ses commentaires sur le traité Bava Metsi’a 102 explique que la Mezouza se trouve à la porte pour protéger les habitants de la maison, c’est pourquoi celui qui retire les Mezouzot de la maison, provoque un danger pour ceux qui viendront ensuite habiter dans la maison. C’est pour cela que – Mida Kenegued Mida (mesure pour mesure) – puisqu’il n’a pas eu de scrupules à priver de protection les enfants de son prochain, les exposant ainsi à un danger de mort, ainsi il arriva à cet homme qui retira les Mezouzot et enterra sa femme et ses enfants.

Il est intéressant de constater les paroles de la Guemara Shabbat 32b :

A cause de la négligence sur la Mistva de Mezouza, les enfants décèdent (Qu’Hashem nous en préserve), puisque le verset du commandement de la Mezouza est suivit d’un verset qui parle des enfants (« Ou’htavtam ‘Al Mezouzot Bete’ha Oubish’are’ha ; Lem’an Irbou Yeme’hem Vimé Vene’hem… »).

Il est évident que cette explication peut être d’avantage approfondie, car l’obligation essentielle de placer les Mezouzot incombe les nouveaux occupants de l’appartement et non ceux qui le quittent. Malgré tout, les choses sont enseignées ainsi par nos maîtres qui ont pris sérieusement en considération le danger qu’il y a dans le fait de retirer les Mezouzot de la maison d’un juif, puisqu’il est probable que les nouveaux occupants tardent à placer les nouvelles Mezouzot. C’est pour cela que nos maîtres ont interdis aux anciens occupants de reprendre leurs Mezouzot en quittant la maison.

Si l’ancien occupant avait placé des Mezouzot de qualités supérieures, qui lui ont coûtées assez cher, et qu’il lui sera difficile de se procurer des Mezouzot d’aussi bonne qualité, notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Shalita écrit – dans son livre Shou’t Yabiya’ Omer (tome 3 section Y.D chap.18) - que dans ce cas on peut autoriser l’ancien occupant à prendre ses Mezouzot et à les remplacer par d’autres qui sont Kesherot mais de moins bonne qualité.

Notre maître cite une astuce donné par le Gaon de Botshatsh dans son livre Da’at Kedoshim (sur Y.D 291 note 1) qui consiste à ce que l’ancien occupant donne ses Mezouzot à vérifier, et place immédiatement dans la maison qu’il quitte d’autres Mezouzot Kesherot mais de qualité moins bonne. Puis, lorsqu’il récupèrera ses Mezouzot de la vérification, il pourra les prendre et les placer dans sa nouvelle maison.

Dans de telles conditions, il n’y a plus la moindre crainte selon l’avis de tous les Poskim, car nos ‘Ha’hamim ont seulement envisagé que le nouvel occupant tarde à placer la Mezouza, et provoque par cela un danger pour les membres de sa maison. Mais lorsque l’ancien occupant fixe lui-même immédiatement d’autres Mezouzot, il n’y a plus rien à craindre.

Il est bon de le faire quelques jours avant de quitter la maison, et l’on peut réclamer au nouvel occupant le prix des Mezouzot qu’on lui laisse.

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